La prononciation du corse - A prununzia di u corsu


Introduction - Intròitu

Le corse est une langue romane issue du latin, par l'intermédiaire du toscan ancien (entre autres) ce qui lui confère aux yeux des italiens, par exemple, un goût "archaïque". Il se distingue de l'italien (voir L'italien) et des autres langues romanes par quelques phénomènes que l'on va énumérer et étudier sommairement ci-dessous.


Les points importants

La prononciation du corse heurte souvent le débutant puisqu'il possède des particularités qui lui sont propres :

L'accent tonique (ou d'intensité) - L'incalcu.
L'aperture des voyelles e et o - L'apertura di e vucali e è o.
L'alternance vocalique - A svucalatura.
La prononciation des consonnes doubles - E cunsunanti doppie.
La mutation consonantique - A mutazione funética.

Extrait de :

Du double au simple (p.171)
"Il y a trois piliers du corse auxquels on ne peut toucher sans détruire la langue. Le premier est l'accent d'intensité, appelé aussi accent tonique. C'est celui qui joue bien des tours aux imprudents "prononceurs" qui en ignorent les variations, notamment dans les noms propres 1.
Le second tient à ce qu'on appelle l'aperture ou la fermeture des voyelles e et o. C'est là un phénomène qui existe aussi en français : il suffit de comparer les o de port "port" et de "pot", comme les e de "tête" et de "été".
Le troisième pilier, le plus violemment malmené, c'est ce qu'on pourrait appeler l'intensité des consonnes, qui se traduit dans l'écriture par un redoublement. Pena (peine ou douleur) et penna (porte-plume) ne se prononcent ni ne s'écrivent de la même façon. Or voici que cette différence est abolie dans la bouche et sous la plume de beaucoup de ceux qui s'avisent de parler ou d'écrire le corse. 2
Ces gens simplifient le corse à leur manière. Ils ne font plus entendre ni apparaître à l'écriture les doubles consonnes. Du coup, ils ne distinguent plus, par exemple, u sonu (le son) de u sonnu (le sommeil), a pala (la pelle) de a palla (la bille), i pani (les pains) de i panni (le linge).
(...). Quels sont les raisons de ce curieux avatar ? La loi du moindre effort ? Non pas, car les mêmes locuteurs allongent et compliquent le corse en bien des cas. Ne lui font-ils pas dire exactamente (!), qui est plus difficile à articuler que le tranquille esattamente ou quatriesimu (!!) qui exige plus d'effort que notre vieux quartu.
En fait, et chacun le devine, la disparition des doubles consonnes en corse n'est qu'un alignement sur le français, où celles-ci s'écrivent mais ne se prononcent jamais. 3 (...) "

1 : Cèsari, Scàndola, Pàulu, ...
2 : ces 3 piliers sont les mêmes en italien, Plàtini, Cèsare ...(notons que ni l'italien ni le corse ne note la place de l'accent tonique s'il n'est pas sur la dernière syllabe.)
3 : en cela, choisir à l'école l'italien comme "seconde langue" et non l'espagnol ou ... pourrait-il endiguer le phénomène ?

L'accent tonique (ou d'intensité) - L'incalcu

Ce phénomène est commun à l'italien ou l'espagnol, et les locuteurs de ces pays n'en sont pas gênés. Ce n'est pas le cas des locuteurs français.

Le français est une langue à accent tonique fixe, c'est-à-dire que l'accent tonique est toujours situé sur la dernière syllabe d'un mot (sauf si la dernière syllabe contient un e muet). Au contraire, le corse fait parti (comme le provençal, l'italien, l'espagnol et bien d'autres) des langues à accent tonique flottant.

Voir L'accent tonique.

L'aperture des voyelles e et o - L'apertura di e vucali e è o

Ce phénomène est le suivant :

le e (qui ne se prononce jamais comme le e français dans je) se prononce soit è (ouvert) soit é (fermé).
le o se prononce soit ouvert (comme dans port) soit fermé (comme dans lot).

Le problème vient du fait que l'aperture peut changer d'un coin à l'autre de la Corse !

Voir L'aperture des voyelles e et o et aussi La prononciation des voyelles .
Voir Les mots avec e ouvert ou fermé , Les mots avec o ouvert ou fermé .

L'alternance vocalique - A svucalatura

Ce phénomène est le suivant :

lorsqu'un e perd l'accent tonique parce que celui-ci est décalé vers la fin d'un mot, il s'affaiblit en i. Cela est vrai aussi dans les nasales (en in).
lorsqu'un o perd l'accent tonique parce que celui-ci est décalé vers la fin d'un mot, il s'affaiblit en u. Cela est vrai aussi dans les nasales (on un).

Ce phénomène n'est pas connu partout en Corse. Selon la localité ou la région géographique, l'un ou l'autre ou les deux pourront ne pas être vérifiés.

Voir l'alternance vocalique. Voir aussi La prononciation des voyelles.

La prononciation des consonnes doubles - E cunsunanti doppie

Tout comme en italien, la prononciation des consonnes doubles est essentielle !
pena (douleur physique / peine) ['p:Ena] n'est pas penna (plume) ['penna] (et ceci indépendammant de l'aperture du e),
sonu (son) ['s;Onu] n'est pas sonnu (sommeil) ['s:Onnu], ... !

Extrait de :

"Mais devant voyelle, la forme ùn ne signale nullement le redoublement de la consonne, qui est en revanche fort marqué dans la prononciation. Rien ne sert d'affirmer que la présence d'un accent sur le u doit entraîner ce redoublement. Cela serait vrai pour qui a déjà une bonne pratique du corse, mais n'a pas d'effet chez celui qui l'apprend et est soumis à la pression du français, langue où l'on ne prononce pas différemment les consonnes simples et les doubles. De cela on a, hélas, la preuve chaque jour : de jeunes locuteurs disent un aghju au lieu de unn aghju etc... Or la distinction des consonnes simples et doubles est essentielle en corse, non seulement pour l'euphonie, la musique de la langue, sa consistance et son rythme, mais aussi pour sa compréhension. Il apparaît donc indispensable d'écrire l'adverbe de négation ùn devant consonne et unn devant voyelle"

Voir Négation : nun, ùn ... unn , micca (adverbe de) .

Cela va plus loin, puisqu'une consonne en début de mot, précédée d'une voyelle tonique, voit sa prononciation doublée. Par exemple, pena ['p:Ena] donne a pena (la peine) [a'b:Ena] mais à pena (à peine) [ap'p:Ena] qui a donné, naturellement, appena : le son double, qui n'apparaît pas dans la graphie à pena est évidemment dans la graphie appena.
Tout comme à vèdeci (à nous revoir / au revoir) [abb':E(d):E:dZi] a donné avvedeci (arrivederci, double r !).
Par contre da veru (vraiment) [da'w:Eru] a donné, naturellement, puisque da n'est pas accentué, daveru (davvero !).

La mutation consonantique - A mutazione funética

C'est la plus grosse difficulté du corse et son aspect le plus déconcertant. D'autant que les règles de mutation varient d'un point à l'autre de la Corse.
Certaines consonnes ont deux réalisations (une forte ou dure - pretta- et une faible ou adoucie -frolla-) selon leur position dans un mot ou une phrase. Ce sont les cambiarine (mutantes).

Seules certaines consonnes sont concernées par le phénomène de mutation phonétique: ce qui amène certains auteurs à parler de mutation consonantique (mutazione cunsunàntica).

Voir la mutation consonantique et La prononciation des consonnes .